Les meilleurs poèmes français pour apprendre une langue
par Audrey Sivadier
October 15, 2020
Les meilleurs poèmes français pour apprendre une langue

La poésie est un des moyens les plus profonds d’exprimer ses émotions. Alors quoi de mieux que d’utiliser le français, la langue des sentiments, pour le faire ? Vous voulez découvrir les meilleurs poèmes français pour en savoir plus sur cette langue, ou pour en réciter un à l’être aimé ? Vous êtes sur le bon blog !

Victor Hugo

Il est considéré comme l’un des écrivains les plus importants de la littérature française. Outre les romans que le monde entier connaît (Notre-Dame de Paris ou les Misérables), il est aussi dramaturge et poète. Le poème bien connu des Français, puisqu’ils l’apprennent tous à l’école, est Demain dès l’aube publié en 1856. Victor Hugo l’écrit dans un contexte tragique : il vient de perdre sa fille Léopoldine. Après ce recueil, il ne produira plus aucune œuvre jusqu’à son exil. Voici le début de ce poème dédié à sa fille :

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Tomorrow, at dawn, at the moment when the land whitens,

I will leave. You see, I know that you are waiting for me.

I will go through the forest, I will go across mountains.

I cannot stay away from you any longer.

Le poème écrit de manière classique – en alexandrin – c’est-à-dire que tous les vers font 12 pieds (≈syllabes), et les rimes sont croisées (ou alternées).

Ronsard

Retour à la Renaissance française avec Pierre de Ronsard qui écrit en 1545 Mignonne allons voir si la rose, un poème dédié à la fille d’un banquier italien, Cassandre, qu’il vient de rencontrer alors qu’il a 20 ans, et elle 13 ans… Ronsard décrit la jeunesse qui passe comme la vie d’une fleur. Cette réflexion sur le temps qui passe, la mort, est typique de cette époque. Voici un extrait (en français moderne) :

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée,

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

Darling, let us see if the rose

Which had this morning unfurled

Her crimson dress to the Sun,

Has this evening began to lose

The folds of her crimson dress,

And its complexion akin to yours.

Arthur Rimbaud

Avançons dans le temps, jusqu’à Arthur Rimbaud où il écrit en 1870 Le dormeur du val un de ses poèmes les plus célèbres. En relation (interdite) avec un autre célèbre poète français, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud a 16 ans lorsqu’il écrit ceci. Le poème est remarquable dans sa maîtrise de la versification. Il s’agit d’un sonnet : un poème composé de deux quatrains (paragraphe de quatre vers) et deux tercets (paragraphes de trois vers), et les vers sont encore en alexandrin. Il y décrit admirablement un contraste terrible entre le doux paysage et la chute surprenante. Voyez par vous-même :

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

It’s a green hollow, where a river is singing

Madly clinging to grass rags

Of silver; where the sun, from the proud mountain,

Is shining: it’s a little valley bubbling with sunlight.

A young soldier, his mouth open, his head bare,

And the nape of his neck bathing in cool blue watercress,

Sleeping; he is stretched out on the grass, under the skies,

Pale in his green bed where the light falls like rain.

Feet in the gladiolas, he is sleeping. Smiling like

A sick child would smile, he takes a nap:

Nature, rock him warmly: he is cold.

Sweet scents don’t tickle his nose anymore;

He sleeps in the sun, hand on the breast,

Peacefully. He has two red holes in his right side.

Apprendre une langue une heure par jour (et des moyens faciles pour atteindre votre objectif quotidien)

Guillaume Apollinaire

Poète du XXème siècle, Guillaume Apollinaire a révolutionné la poésie française en transgressant les versifications classiques. Il est notamment l’auteur des Calligraphies, ces poèmes-dessins qui prennent la forme du thème qu’ils abordent. Le poème le plus connu d’Apollinaire est Le pont Mirabeau, où il décrit la disparition de l’être aimé en la comparant avec la Seine, le fleuve qui coule à Paris.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Under the Mirabeau Bridge there flows the Seine

          Must I recall

     Our loves recall how then

After each sorrow joy came back again

Let night come on bells end the day

The days go by me still I stay

Hands joined and face to face let’s stay just so

          While underneath

     The bridge of our arms shall go

Weary of endless looks the river’s flow

Let night come on bells end the day

The days go by me still I stay

All love goes by as water to the sea

          All love goes by

     How slow life seems to me

How violent the hope of love can be

Let night come on bells end the day

The days go by me still I stay

The days the weeks pass by beyond our ken

          Neither time past

     Nor love comes back again

Under the Mirabeau Bridge there flows the Seine

Let night come on bells end the day

The days go by me still I stay

Beaucoup d’artistes l’ont repris en chanson, vous pouvez écouter Serge Reggiani ou Marc Lavoine.

Charles Baudelaire

Impossible de parler de poésie française sans parler de Charles Baudelaire. Contemporain de Arthur Rimbaud, il fait partie des poètes qui se sentent maudits et déverse leur mal être dans leur oeuvre. Son poème le plus connu est L’Albatros, où il parle de la figure du poète dans la société, mal aimé et incompris.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Often, to amuse themselves, the crewmen

Catch albatros, vast sea-birds,

Which follow, indolent companions of the voyage,

The ship gliding on the bitter gulfs.

Hardly have they put them on deck,

When these kings of the azure, clumsy and ashamed,

Pitifully let go their great white wings,

Like oars dragging alongside them.

This winged voyager, how awkward and weak he is!

He, once so beautiful, he’s so funny and ugly!

One teases his beak with a pipestem,

Another mimes, limping, the cripple that once flew!

The Poet is like this prince of the clouds

Who haunts the tempest and laughs at the archer;

Exiled on the ground, in the midst of jeers,

His giant wings keep him from walking.

Vous connaissez maintenant les meilleurs poèmes français ainsi que leurs écrivains et les règles de versification classique. Alors pourquoi ne pas vous lancer ? Et en français, s’il vous plaît !

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